samedi 11 juin
Deuil
Il y a ce proverbe un peu étrange : "ce sont toujours les meilleurs qu partent en premier" ou quelque chose comme ça. Façon de dire, je suppose, que c'est toujours chiant de constater que les salauds ont la peau dure ?
Grisélidis Réal a quitté notre petit monde le 31 mai dernier. Ce n'était pas une salope, Grisélidis. Elle n'est pas très connue. Mais elle a marqué notre petit monde de son empreinte griffue.
Grisélidis, c'est un destin singulier. Une pute intello, figurez-vous. Pendant de longues années, quasiment 40 ans, des trottoirs de Münich à ceux de Genève, où elle a terminé sa vie, une lutte acharnée contre la morale bourgeoise, les préjugés et la haine de nos sociétés un brin hypocrites avec le cul et le reste.
Grisélidis, entre deux passes, écrivait, peignait, dissertait, philosophait. Poète à sa façon. Elle s'est pris le monde, le vrai, le dur, sur la gueule toute sa vie. Il en est ressorti de l'amour, de la compréhension, de l'espoir. C'est le miracle de cette vie.
A travers la prostitution, on pige pas mal de choses essentielles sur la vie. Grisélidis le faisait comprendre de façon géniale, marrante. Ele disait : "La prostitution est un Art, un Humanisme et une Science". Pas moins...
Je suis encore vachement ému.
Grisélidis a écrit deux bouquins.
> Le noir est une couleur : sa vie par elle-même... Dérangeant au premier abord. Mais elle vous aide à franchir facilement vos appréhensions.
> Carnet de bal d'une courtisane : ses notes sur ses clients. Style :"Maurice aime bien la fessée. Donne 100 francs..." Pareil, pas évident au début. On s'aperçoit rapidement que le côté dit "obscur de la vie" appartient surtout aux aveugles ou plutôt à ceux qui ne veulent rien voir. La lumière est crue, pas moche pour autant.
Grisélidis a aussi créé une association d'aide aux prostituées : Aspasie.
Bref, pas envie de m'étendre davantage.
A toute la famille, les proches, de Grisélidis, recevez toute ma sympathie.
On n'a pas gagné, mais rien n'est perdu.
SYlvainkimouss

C'est elle...
Si vous allez sur le site de Aspasie, vous trouverez son éloge funèbre, celui qu'elle a écrit la veille de sa mort. C'est pas gai, soupir... Mais ça en dit long sur elle.
" En écoutant de la musique (sud américaine) et du Chianti à portée des lèvres. Et d’abord, je vous interdit de pleurer !! Riez, oui, souriez, gueulez, ou taisez-vous à cette évocation de cette vie qui fut mienne et qui restera, à jamais, enterrée… l’heure venue. Oui j’ai vécu, et j’ai surtout CREVE, bien avant l’heure, de tout : crevé de faim, de l’absence de père, d’une mère trop sévère et pourtant trop aimante, crevé de tuberculose, d’échecs scolaires, d’angoisse devant la police, des marches la nuit pour trouver du fric, crevé d’amour (oh mes amours ratées, assassinées par la morale, par la soif immense du manque de l’autre et de soi-même, mutilées par l’inconnaissance…). Oui j’ai eu quatre enfants, par hasard car à l’époque la pilule n’existait pas, et j’ai été onze fois enceinte, et toutes les larmes du monde ne ressusciteront pas ces pauvres embryons innocents massacrés à coup d’avortements et de fausses couches plus ou moins officiels et sanglants, le dernier en prison. Qu’on me pardonne : la planète est déjà surpeuplée, 40 000 enfants meurent chaque jour de faim ou de mauvais traitements, sauvez-les donc au nom de Dieu !!
Ce Dieu auquel je ne crois plus, il y a trop d’horreurs, de guerres, de tueries… Moi qui ai 70 ans, qui vais donc bientôt crever d’avoir trop crever, et trop vécu sans doute… Trente ans de prostitution, ça marque, ça use le corps et l’âme et vous donne pourtant un immense amour de la vie, et du respect humain des souffrances de l’Autre, de sa solitude, de son désespoir d’être privé de femme et de tendresse, de ses propres échecs qui rejoignent les vôtres, et si l’Au-delà existe, je souhaite y danser sur des musiques tziganes, boire des alcools merveilleux, et retrouver mes hommes, ceux que j’ai aimés, ceux que j’ai haïs, aidés, soulagés, espérés, attendus, refusés, réconfortés et portés par dessus tous les préjugés, les tabous, les hypocrisies de cette morale malade et inhumaine dont je n’ai pas crevé, je m’en suis simplement évadée vers plus de liberté au péril de ma vie."
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=860&pid=566654
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :











